Situé dans la région du Vakinankaratra, à proximité d’Antsirabe, le lac Andranobe est bien plus qu’un simple plan d’eau. Il constitue le cœur d’un territoire où se rencontrent nature, agriculture, pêche, traditions et vie communautaire.
Le territoire communautaire d’Andranobe s’étend sur environ 1 500 hectares. Il comprend notamment le lac, des terres agricoles et des espaces forestiers. Environ 1 200 habitants vivent dans ce territoire organisé autour de plusieurs villages.
Selon l’histoire transmise par la communauté d’Andranobe, l’origine du lac remonte à une époque où celui-ci n’existait pas encore.
Autrefois, douze frères vivaient dans les environs. Le territoire était alors composé de prairies, de rizières, de sources d’eau et de petits barrages.
Les douze frères décidèrent de construire un nouveau barrage à Ambodirano, un endroit qui correspond aujourd’hui au village d’Ambohitsokina. L’eau s’y accumula peu à peu, donnant naissance au lac qui allait devenir le lac Andranobe.
« Les douze frères sont considérés comme les ancêtres de la communauté d’Andranobe et le lac comme un bien commun transmis de génération en génération. »
Dans la langue malgache, le nom Andranobe est associé à l’idée de « l’eau de tous ».
Cette signification prend tout son sens dans l’histoire racontée par la communauté : le lac n’est pas considéré uniquement comme une ressource naturelle, mais comme un bien communautaire appartenant symboliquement aux générations issues des douze frères.
Au fil des générations, la population s’est développée et plusieurs villages se sont formés autour de ce territoire, notamment Ambohitsokina, Tsarafara, Avarabohitra et Andohafarihy.
Aujourd’hui, le territoire d’Andranobe forme une véritable mosaïque de lacs, de terres agricoles et de forêts.
Le territoire communautaire couvre environ 1 500 hectares, dont près de 116 hectares correspondent au lac et 28 hectares aux espaces forestiers.
Cette organisation permet aux habitants de dépendre de plusieurs ressources naturelles : agriculture, élevage, pêche et utilisation traditionnelle des plantes.
La pêche occupe une place importante dans la vie économique de la communauté. Elle constitue à la fois une activité professionnelle et une source de nourriture pour les familles riveraines.
Des études consacrées à la pêche dans le lac Andranobe-Est montrent que les activités principales de la population locale sont l’agriculture, l’élevage et la pêche.
Le lac possède une richesse aquatique remarquable. Le territoire communautaire recense environ 20 espèces de poissons.
Parmi les espèces présentes dans les captures étudiées, le tilapia occupe une place importante. La pêche reste largement traditionnelle et utilise notamment des filets, des nasses, des lignes et d’autres techniques adaptées au milieu.
Face à la nécessité de protéger les ressources du lac, la communauté s’est progressivement organisée.
En 1996, l’association TAMIA, dont le nom signifie TAtamo MIray an’Andranobe, a été créée.
Son objectif était notamment de renforcer le respect des règles de pêche, de préserver les ressources naturelles et de maintenir les usages et coutumes de la communauté.
Une étape importante intervient en 2004, lorsque la communauté obtient un contrat de transfert de gestion des ressources naturelles auprès du Ministère de l’Environnement.
Cette évolution renforce le rôle des habitants dans la protection et la gestion de leur propre territoire.
À Andranobe, la protection de la nature repose donc en grande partie sur une gestion portée directement par la communauté locale.
En 2007, les associations de pêcheurs s’organisent autour de la coopérative FIFIMPAVA, dont le siège se trouve à Mahazoarivo, à Antsirabe.
FIFIMPAVA regroupe notamment les organisations chargées de plusieurs lacs du Vakinankaratra : Andranobe Est, Andranobe Ouest, Andraikibakely et Tatamarina.
Cette organisation permet aux pêcheurs et aux communautés riveraines de travailler ensemble pour améliorer la gestion des ressources, la production et la commercialisation des poissons.
La gestion communautaire ne consiste pas uniquement à exploiter le lac. Elle vise également à permettre aux ressources de se renouveler.
Des règles concernent notamment la taille minimale des mailles des filets, la taille minimale de certains poissons ainsi que des périodes ou zones de fermeture de la pêche.
Des opérations de repeuplement en alevins sont également organisées afin de renforcer les ressources piscicoles du lac.
Des travaux scientifiques ont constaté que plusieurs de ces règles sont effectivement respectées par les pêcheurs regroupés au sein de TAMIA et de FIFIMPAVA.
Malgré les efforts de conservation, Andranobe reste confronté à des problèmes environnementaux.
L’érosion des sols et l’ensablement du lac sont notamment liés à la déforestation et au développement des activités agricoles dans le bassin versant.
La protection du lac dépend donc également de la protection des terres et des forêts qui l’entourent.
Les communautés ont ainsi développé des actions de reboisement et de restauration des espaces dégradés afin de réduire l’érosion et de préserver la qualité de l’eau.
Cette approche montre une réalité importante : protéger Andranobe ne signifie pas seulement protéger l’eau du lac, mais également protéger tout son environnement.
Andranobe possède ainsi une double richesse.
D’un côté, il existe une richesse naturelle composée du lac, des poissons, des forêts, des terres agricoles et des plantes utilisées traditionnellement par les habitants.
De l’autre, il existe une richesse culturelle constituée par les récits transmis entre générations, les coutumes, l’organisation communautaire et la mémoire des ancêtres.
Le travail de la communauté autour de TAMIA et de FIFIMPAVA a également attiré l’attention au-delà du territoire d’Andranobe.
L’expérience de gestion communautaire de TAMIA a notamment été reconnue dans le cadre de l’Equator Prize 2020, qui met en valeur des initiatives locales contribuant au développement durable et à la protection de l’environnement.
Aujourd’hui encore, le lac reste au centre de la vie de nombreuses familles. La pêche, l’agriculture et les autres activités liées aux ressources naturelles participent à l’économie locale.
Les initiatives récentes poursuivent cette volonté de concilier conservation de la biodiversité, amélioration des moyens de subsistance et développement local.
Des projets récents soutiennent notamment le reboisement, l’agroforesterie, le repeuplement du lac en poissons et l’amélioration des activités des pêcheurs.
Pour un visiteur, découvrir Andranobe ne signifie donc pas seulement admirer un paysage.
C’est aussi découvrir un territoire où l’eau, la terre, les activités agricoles, la pêche et les traditions sont intimement liées.
Une découverte respectueuse du site permet de mieux comprendre le quotidien des communautés riveraines et l’importance de préserver les ressources naturelles qui font vivre ce territoire.
Andranobe n’est pas seulement un lac. C’est une histoire née de douze frères, un patrimoine transmis entre générations, un territoire de vie et une communauté qui continue aujourd’hui à protéger ses ressources.
Préserver Andranobe, c’est préserver son eau, ses poissons, ses forêts, ses terres, ses traditions et surtout la mémoire de ceux qui ont construit son histoire.